16h30. Je récupère mon fils à la sortie de l’école. Tout s’est bien passé, on me le confirme, il a été adorable. On rentre. À peine la porte fermée, mon fils s’écroule parce que le goûter que j’ai sorti n’est pas celui qu’il imaginait. Je n’ai encore rien dit.
Je suis coach parentale. Je connais l’explication par cœur. Et pourtant, le premier réflexe, chez moi comme chez tout le monde, c’est de me demander ce que j’ai raté.
Rien. C’est même plutôt bon signe.
🧠 Ce qui se passe vraiment
Un enfant passe sa journée à se tenir. Écouter, attendre son tour, ranger quand on le lui dit, gérer les copains, le bruit, la cantine, les consignes. Ça demande un énorme effort de contrôle, et le cerveau d’un enfant de 4, 7 ou 10 ans n’est pas fait pour le tenir sans fin. La régulation des émotions se construit lentement, jusqu’à l’adolescence.
Alors l’enfant se retient. Et tout ce qui a été retenu sort quand il ou elle se sent enfin en sécurité, c’est-à-dire chez vous, avec vous.
Ce n’est pas un caprice, ni la preuve d’un manque d’éducation. C’est la journée qui déborde. Votre enfant ne vous fait rien payer : c’est la preuve qu’il a confiance.
Ça ne rend pas les soirées plus faciles, je le sais bien. Mais ça change la façon de les regarder, et donc de les traverser.
🛠️ Ce que j’ai appris à faire (et que je propose aux familles)
1. Ne pas poser de questions à la sortie
« Alors, ta journée ? Tu as fait quoi ? Tu as mangé quoi ? » Avec les meilleures intentions, on ajoute une demande à un enfant qui n’a plus rien à donner. Chez nous, j’ai arrêté. Un « Je suis contente de te voir », et c’est tout.
À la place, je raconte la mienne. Un petit truc, sans en faire un monologue : « Moi, j’ai déjeuné avec une amie, ça m’a fait du bien. » Mon fils n’a rien à répondre, rien à fournir. Et souvent, ça ouvre la porte. L’enfant voit que raconter sa journée peut être simple, léger, sans enjeu, et finit par le faire aussi quand le moment est venu. Chez moi, c’est souvent au coucher, sans que j’aie rien demandé.
2. Commencer par le corps
Beaucoup de crises du soir sont d’abord une histoire de ventre vide et de fatigue. Un goûter, un verre d’eau, quelque chose à grignoter sur le trajet. Étonnamment, beaucoup de « catastrophes » disparaissent après une banane.
3. Prévoir un sas de 10 minutes
Pas d’écran imposé, pas de devoirs, pas de « va te laver les mains ». Un temps où rien n’est demandé. Certains enfants ont besoin de silence, d’autres de bouger, d’autres de se blottir. Regardez ce dont le vôtre a besoin, et laissez-lui ça.
4. Quand ça explose, accueillir avant de corriger
Dans la crise, personne n’apprend rien. Un enfant submergé n’entend pas vos arguments. Restez près de lui, parlez peu, nommez ce que vous voyez : « Tu as l’air épuisé. Je suis là. » Les explications et les limites viendront après, quand le calme sera revenu. Une limite peut rester ferme sans être posée en criant : « Je ne te laisse pas me frapper, je reste avec toi. »
5. Alléger le soir, pas la vie entière
Si les soirs sont toujours tendus, regardez ce qu’on peut retirer : une activité qui déborde sur la semaine, un bain qu’on saute, un repas qu’on simplifie. Parfois, ce dont un enfant fatigué a le plus besoin, c’est de ne rien avoir à faire.
🌱 Et nous, les parents ?
Ces soirées-là nous épuisent aussi. On rentre de sa propre journée, et on doit en plus absorber la tempête de quelqu’un d’autre. Je ne réussis pas à chaque fois, loin de là. Il m’est arrivé de hausser le ton, et de devoir revenir en disant : « Tout à l’heure, j’ai crié, pardon. Je préfère qu’on se retrouve. »
Le but n’est pas de ne jamais craquer. C’est de retrouver le fil plus vite, et de réparer quand ça a dérapé.
👀 Quand regarder plus loin
Une fatigue de rentrée, ça passe en quelques semaines. Si les crises durent, s’aggravent, s’accompagnent d’un refus d’aller à l’école, de maux de ventre le dimanche soir ou d’un enfant qui n’est plus lui-même, il peut y avoir autre chose derrière. Ce sera le sujet d’un prochain article.
Si vous vous sentez dépassés par vos soirées et que vous voulez en parler, vous pouvez me contacter ici
📚 Pour aller plus loin
Livres pour les parents
- Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen
- Au cœur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat
- Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish
Livres à partager avec votre enfant
- Fais du yoga avec Petit Panda
- Le yoga des petits, Gallimard Jeunesse (dès 2 ans)
Podcasts
- Les Petits Plus Zen, l’épisode « L’astuce anti-crise du Phare »
- Les Pieds sur terre (France Culture), l’épisode « Parents épuisés »

